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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 17:30

http://kijkluisterendeel.nl/images/2008-11/060523_tool_10000days_cov.jpg

Note : ++

http://www.toolband.com

http://www.myspace.com/tool

Origine du Groupe : North America

Style : Metal , Alternative Rock

Sortie : 2006

Tracklist :

   1. "Vicarious" – 7:06
   2. "Jambi" – 7:28
   3. "Wings for Marie, Pt. 1" – 6:11
   4. "10,000 Days (Wings, Pt. 2)" – 11:13
   5. "The Pot" – 6:21
   6. "Lipan Conjuring" – 1:11
   7. "Lost Keys (Blame Hofmann)" – 3:46
   8. "Rosetta Stoned" – 11:11
   9. "Intension" – 7:21
  10. "Right in Two" – 8:55
  11. "Viginti Tres" – 5:02

00000000000000DOWNLOAD

Ce nouveau disque de Tool, c'est d'abord deux claques. L'une après l'autre, d'entrée de jeu. Qui font comprendre immédiatement que cette musique-là va laisser des traces. Une première claque : c'est « Vicarious », bien sûr. Un son limpide, étincelant et profond, une ligne de guitare sinueuse sur laquelle s'accrochent et s'enroulent des riffs terriblement lourds d'une parfaite netteté. Un roulement presque tribal, une rythmique incessante. Et une voix qui oscille, qui s'attarde et qui surplombe cette imparable mécanique où se côtoient le grunge, le métal progressif et des sonorités hypnotiques et sombres. C'est lugubre et inexorable. C'est aussi terriblement énergique, saccadé et entraînant. Une musique exigeante, profonde et accessible. Mais il y a la deuxième claque : c'est « Jambi », plus incroyable encore, plus fort. Des lignes vocales ensorcelantes, une cadence implacable : calme, beau, et en même temps brutal et violent quand les guitares triomphent. Voilà la marque de fabrique de Tool. L'introspection, une plongée en soi, dans les recoins les plus obscurs de l'émotion. Mais une plongée bardée de riffs. Des murs sonores qui empêchent tout retour en arrière. En deux morceaux, tout est dit : le groupe a su tirer l'essence même de sa musique pour la restituer ici, presque simple, plus abordable et encore plus fascinante.

Et pourtant ce n'est que le début. Mais la suite impose un choix. Car immédiatement après, c'est « Wings for Marie » : l'apaisement, soudain. Et il faut se décider. Soit on accompagne le groupe dans ses méandres, dans ses montagnes russes. Mais alors il faut une concentration absolue, à chaque instant. Car s'allongent ici les immenses plages atmosphériques et obscures aux confins desquelles il va falloir aller. Soit on se détourne, on refuse cette alternance entre la violence et les longues accalmies. Le choix est radical : il n'y a pas de juste milieu. Les disques de Tool se prennent d'un bloc, entièrement ; il faut tout accepter ou bien abandonner. C'est une forme de voyage, un chemin interminable qui ne révèle ses attraits, ses mélodies répétitives, ses montées en puissance et ses retombées maussades, que si l'on accepte de s'immerger. Et ça n'a rien d'un défi insurmontable. Tool, sous son masque presque expérimental ou ambient, est d'abord un groupe de rock. Un groupe qui a su vendre une musique intimidante, d'apparence opaque – voire hermétique – en la rendant abordable. Sans jamais perdre en route celui qui décide de tenter l'expérience : au bon moment surgit toujours le bon riff, ou les réminiscences post-grunge et familières d'un refrain tortueux mais mémorisable.

Du métal progressif et expérimental, peut-être. Mais pour les masses. On pense parfois à Jane's Addiction – en beaucoup moins festif – et plus souvent à Alice in Chains. Cinq ans se sont écoulés depuis Lateralus, disque réputé peu accessible où certains ont vu beaucoup de poudre aux yeux et peu d'art. C'est le type de critique qui guette Tool : faire une musique suffisamment sombre et complexe pour donner l'impression à l'américain moyen qu'il entre sur un territoire élitiste et ténébreux d'où il ne reviendra pas indemne. Mais avec 10 000 Days, la démarche du groupe devient plus claire : la musique est plus directe, à la fois moins bruyante, moins agressive, et moins gratuite dans ses dérives instrumentales. Moins prétentieuse, aussi. D'où un équilibre plus fin entre la complexité des structures, les changements de rythme, les constructions cérébrales et techniques, et l'intensité plus franche des émotions déployées. Plusieurs écoutes sont toujours nécessaires, mais les premières chansons fracassantes constituent une porte d'entrée grande ouverte qui tranche avec les habitudes du groupe. Et Maynard James Keenan se surpasse dans cette manière si particulière de chanter et de jouer lui aussi avec les soubresauts rythmiques et les spirales mélodiques.

On voit mieux avec ce disque quelle a pu être l'influence de Tool sur toute une génération du néo-métal. En épurant par moment sa musique, le groupe laisse entrevoir une capacité à écrire des tubes abrasifs et bondissants qu'il ne fait qu'esquisser : « The Pot » est stupéfiant lorsque les guitares s'arrachent du sol. Mais Tool est bien au-delà de ceux qui prétendent en vain le copier. Et « Right in Two », pièce maîtresse impitoyable, prouve que c'est toujours la violence tordue et froide, mais aussi douloureuse et presque touchante, qui a le dernier mot. D'un bout à l'autre, le disque est éreintant. Mais la réputation du groupe n'est pas surfaite : quelque part dans cette musique il y a une effrayante originalité, des sons répétitifs et broyés, cachés sous une production dense et chatoyante. Et 10 000 Days est la preuve que cet art de l'expérimentation peut s'accompagner des embardées métalliques les plus assourdissantes. On regrettera sans doute un peu que cette musique soit si narcissique, qu'elle se regarde jouer. Que Tool soit fier de son propre mystère. Mais un tel tour de force – être en même temps commercial et par moment totalement incompréhensible – mérite une attention particulière. Prendre sa claque, se noyer dans les instrumentaux sinistres, et recommencer : il n'y a rien d'autre à faire.

Par BAAZBAAZ
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