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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 17:30

 
À l'origine de Ghostown, composé de Kirsa aux platines et Baptiser à la guitare, il y a un auteur-compositeur, Rael. Non, non, aucun lien de parenté avec l'allumé auvergnat qui attend un hypothétique retour des aliens. C'est une simple homonymie, malheureuse, de prénom entre deux êtres que tout oppose. Quand le second divague en scrutant le ciel, le premier, Rael Powell, est ancré à la réalité de notre monde. Laquelle, source de son inspiration, s'exprime et rejaillit dans les textes et compositions de son premier album : Reflectionz. Point d'élucubrations ici. Mais bien une réflexion, une introspection sur sa vie, ses frustrations, ses espoirs et un regard acerbe posé sur notre société faite de doutes, dérives, déshérences et désespoirs. Une vision souvent teintée de noirceur qui ne connaît pas de frontières. Actuelle en France, où Rael s'est expatrié en 2003 pour composer, elle l'est tout autant outre-Manche et notamment en Ecosse, son pays d'origine. Un mot illustre parfaitement cette représentation : Ghostown, justement. Un choix qui n'est d'ailleurs pas le fruit du hasard. À la fois hommage aux Spécials, dont c'était le titre d'une de leur chanson " parmi mes préférées avec le riff du début, juste parfait !" dixit Rael, et symptomatique de souvenirs passés : " j'ai grandi dans les villes fantomatiques du sud de l'Ecosse où les usines ont fermé depuis longtemps, où il n'y a plus de travail, plus rien à faire... Il y a aujourd'hui beaucoup de villes comme cela ". Le titre éponyme (en plage 4) en réalise la parfaite osmose, relatant l'irrémédiable descente d'une cité et de sa population : " J'ai voulu raconter le quotidien d'aujourd'hui : la fermeture des usines et son cortège de chômeurs et de suicidés, et la nouvelle génération élevée alors dans des conditions sociales et économiques qui les poussent vers la drogue et le désespoir ". Une détresse qui peut aussi générer violence et jusqu'au-boutisme. Quitte à basculer du côté obscur. Ainsi le parcours de" Johnny Marr ", conté tel un polar (ça me rappelle Un petit boulot de Iain Levison), interroge sur la déchéance sociale et le besoin de reconnaissance médiatique comme horizon ultime. Ce mal-être ambiant, cette vision acérée sur la société étant trop lourds à porter pour un seul mouvement musical, Ghostown a opté pour un mix qui puise dans les influences où baignait la jeunesse de Rael (B-52's, Talking Heads, Brian Eno...) et les courants underground des dernières décennies. Si le trip-hop bristolien du début (Portishaed et Tricky) teinte nombre de titres, la production de Ghostown ne peut se contenter d'une telle restriction : " Notre univers prend sa source dans le hip-hop circa 93-97 auquel se sont adjoints les courants des rappeurs londoniens (Roots Manuva, Dizzee Rascal) et américains (Madlib ou Dr Octagon). Sans oublier une pointe de Gypsy ". Cette dernière colle aux samples ethniques de Moy Moy Moy (tendance tzigane d'Europe de l'Est) ou d'Accordéon (surprenant croisement des Négresse Vertes ou d'Arno avec un rap au flow tranchant). Souvent flegmatique parfois proche d'une rafale de mitraillette, le flow de Rael s'identifie à celui de Buck 65 ou Tricky. Chez Ghostown, pas de beat prédominant qui écrase l'harmonie de l'acoustique mariée à l'immatérialité de sons élecro/synthé. Sans oublier des inspirations jazzy ou blues, et surtout une constellation de bruits, samples et scratchs qui fusent deci delà. Jamais en excès (comme cet emprunt de Bourvil dans Big Moustache), juste par petites touches savamment dosées et ajustées. L'éclat supplémentaire mais indispensable pour souligner la profondeur et la beauté de la création. Si ReflectionZ n'atteint pas la perfection d'un joyau, Ghostown ne s'est pas contenté de confectionner une simple épure, mais a réalisé une parure musicale qui laisse augurer un second ouvrage encore plus aboutit.
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