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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 11:35

 
Voilà peut-être l’album qui va relancer le hip-hop britannique, qui à quelques exceptions près (Roots Manuva, The Streets...), n’est pas dans la période la plus prolifique, ni la plus faste de son histoire. A 26 ans, Speech Debelle livre un premier disque en forme de journal intime qui détonne fortement dans l’univers égotrippé et bling-bling du hip-hop. Et s’il est rare de parler d’humilité et de douceur au sujet d’un artiste du genre, la rappeuse de South London mérite largement ces qualificatifs. Dès les premières notes de guitare acoustique de “Searching”, il ne fait aucun doute que nous tenons là un album particulièrement atypique. Il faut chercher du côté de Roots Manuva (présent sur “Wheels In Motion”) ou The Herbaliser pour trouver des albums comparables - et encore ! Des instrus très travaillés, sans aucun sample, des ambiances variant de la pop au jazz en passant par le dub, beaucoup de cuivres et de cordes : l’Australien Wayne Lotek a fourni à la jeune femme l’écrin parfait pour ses textes à fleur de peau et son flow léger et articulé. Le piano électrique et les touches d’orgue de “Daddy’s Little Girl” accentuent encore la force émotionnelle de ce titre où Speech Debelle évoque la douloureuse absence de son père. L’un des morceaux les plus poignants reste “Finish This Album”, qui fut le premier à être présenté à Big Dada avant signature. Elle y raconte, avec une sincérité désarmante, ses années de lutte pour faire produire Speech Therapy. Mais les tracks les plus marquants, musicalement parlant, restent “The Key”, “Searching” et “Spinnin’”. Le premier, qui fait office de single, est une énorme bombe jazzy au parfum légèrement old-school, à laquelle clarinettes et contrebasse confèrent une atmosphère unique. “Searching”, qui ouvre l’album, mêle relents folk et beat saccadé, piano et cymbales pour un rendu ultra-intimiste, comme si la rappeuse nous chuchotait à l’oreille. Enfin, la “hip-pop song” “Spinnin’” (produit par Mike Lindsay de Tunng) se distingue par son refrain jubilatoire, entonné par un choeur enfantin - impossible de se l’enlever de la tête pendant des jours ! Signalons également la présence de Micachu, la valeur montante de la pop lo-fi, sur le très mélancolique “Better Days”. Quelques titres sont un peu en dessous du lot (“Bad Boy”, “Buddy Love”), mais globalement Speech Therapy est un très solide premier album, et Speech Debelle une magnifique découverte. En bref : un premier essai hip-hop profondément atypique, flirtant avec la pop et le jazz, de la part d’une jeune britannique promise à un brillant avenir.
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