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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 15:57


La quintessence du hard bop
par Bert Noglik

Cet album recèle en lui toute la quintessence du hard bop : la musique est puissante, marquée par les racines afro-américaines du jazz et pourtant étonnamment moderne pour son temps, flirtant avec le blues, le funk et la soul, loin de la suavité du cool jazz qu’on jouait alors sur la côte Est des Etats-Unis. C’est en 1954 qu’Art Blakey forme un groupe au nom programmatique : « The Jazz Messengers ». Il rassemble des musiciens de haut vol comme Horace Silver, Kenny Dorham, Clifford Brown et Hank Mobley, et connaît une rapide popularité.



Après une descente aux enfers en 1957 – où la drogue et la désorganisation plongent la troupe dans la torpeur – Benny Golson reprend les choses en main. Sous sa direction, l’ensemble d’Art Blakey recouvre une étonnante santé. Benny Golson a amené trois musiciens de Philadelphie : Lee Morgan, Bobby Timmons et Jymie Merritt. Avec ce changement de têtes et un répertoire revisité, les Jazz Messengers prennent un nouveau départ, font œuvre de synergie, éliminent tous les éléments musicaux superflus et dopent la dynamique du groupe. Les compositions de Benny Golson, « Are You Real ? », « Along Came Betty » et surtout « Blues March », devenues des standards, font désormais figure de signature musicale du groupe. Le disque, qui circule d’abord sous le titre « Art Blakey And The Jazz Messengers », poursuit sa carrière sous le nom de « Moanin’ ».
La popularité du titre éponyme de Bobby Timmons en fait l’« hymne du hard bop » incontesté. En symbiose avec les deux instruments à vent qui dialoguent l’un avec l’autre, la section rythmique invite parfois littéralement à une marche, offrant au quintette un espace créatif dans un petit format certes standardisé, mais qui, par là même, ouvre le champ à des solos concentrés et inspirés. « The Drum Thunder Suite » de Benny Golson plante un cadre propice au jeu afro-américain de Blakey, qui ne craint pas les effets orchestraux fulminants. Chacun des morceaux et des arrangements s’inscrit dans le ton général du disque : une production très structurée qui préserve un espace de spontanéité et produit une immédiateté saisissante.



Dans ces compositions originales et sans fioritures portées par de fortes personnalités et par les solos, les contrastes, l’impétuosité, la précision de l’architecture, l’intensité du jeu donnent un ensemble musical équilibré. Selon Art Blakey lui-même, la composition du groupe pour cet album, de même que le sextette formé ensuite avec Freddie Hubbard, Curtis Fuller et Wayne Shorter est l’une de ses formations les plus achevées. Dans l’histoire des « Jazz Messengers », longue de 36 ans, « Moanin’ » fait réellement figure de manifeste musical.

Texte : Bert Noglik


Art Blakey and the Jazz Messengers
Moanin’
Blue Note Records
RVG Edition 7243 4 95324 2 7
Lee Morgan – trompète
Benny Golson – saxophone ténor
Bobby Timmons – piano
Jymie Merritt – contrebasse
Art Blakey – percussions
Enregistré le 30 octobre 1958

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DISCOGRAPHIE

 

 

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